centre d’art contemporain genève

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MOUVEMENT

DIFFERENCES IN INTENSITY
Ute Aurand & Maria Lang, Véronique Goël, Andrew & Eden Kötting, Jay Rosenblatt

Une proposition d'Emilie Bujès

23.11.2012 - 20.01.2013
VERNISSAGE 22 NOVEMBER 2012 À 18H

VENDREDI 7 DÉCEMBRE 2012 À 19H30, CINÉMAS DU GRÜTLI :
Projection en première suisse du film d'Andrew Kötting "Louyre, notre vie tranquille"

(…)
Elle semblait avoir découvert que tout était susceptible de perfectionnement, qu'à chaque chose on pouvait donner une apparence harmonieuse ; la vie pouvait être faite par la main de l'homme.
Au fond, Ana avait toujours eu un besoin de sentir la racine solide des choses. Et c'est un foyer qui bizarrement lui avait donné cela. Par des chemins détournés, elle avait fini par se dégoter un destin de femme, avec la surprise de s'y couler comme si elle l'avait inventé. L'homme avec qui elle s'était mariée était un homme vrai, les enfants qu'elle avait eus étaient de vrais enfants. Sa jeunesse antérieure lui semblait aussi étrange qu'une maladie de la vie. Elle en avait peu à peu émergé et découvert que, même sans le bonheur, on pouvait vivre : en l'abolissant, elle avait rencontré une légion de personnes, invisibles auparavant, qui vivaient comme on travaille – avec persévérance, assiduité, joie. Ce qui était arrivé à Ana avant d'avoir un foyer était à jamais hors de sa portée : une exaltation perturbée qui si souvent s'était confondue avec un bonheur insoutenable. En échange elle avait créé quelque chose d'enfin compréhensible, une vie d'adulte. Ainsi qu'elle l'avait voulu et choisi.
(…)
AMOUR, Clarice Lispector

≈≈≈≈≈≈≈≈≈≈≈≈≈≈≈≈ Peut-être le romantisme même de son titre et sa dimension absolue confèrent-ils dès le départ au texte de Clarice Lispector une certaine fragilité, une fissure. Elle y décrit un personnage féminin qui s’efforce d’apprécier la tranquillité d’un certain bonheur, l’affection d’une famille heureuse, et ne cesse néanmoins de glisser dans un malaise, un mal-être qu’elle refuse systématiquement d’admettre. Il est question de conflits moraux et sociaux − la culpabilité d’être bien né, de ne pas totalement jouir de ce qui devrait être un bonheur simple, d’un certain embourgeoisement −, question surtout d’une quête de perfection, et d’un ennui rationalisé par une volonté déchaînée de s’inscrire dans une « norme ».
Ce texte incarne sans doute une antithèse de ce que les travaux présentés dans DIFFERENCES IN INTENSITY évoquent ; ceux-ci doivent par ailleurs nécessairement être envisagés dans un rapport réciproque souple, libre. Profondément personnelles, sensibles, sincères, les œuvres ont toutes trait à l’affect, une certaine intimité, et parfois des douleurs, cinglantes. Il est question d’amour, mais aussi des responsabilités (quelquefois difficiles) qui y sont associées, et de l’intensité des rapports qui forcément varie dans la réalité ; de ce qui touche à ce que chacun a de plus intime et humain.
Les films dans ce contexte se font d'une certaine façon médiateurs, d’une part entre l’artiste et ses sentiments (puisque le processus de création nécessairement requiert un regard, une réflexion sur la situation) ; d’autre part entre ces émotions et le spectateur. Pour ce faire, ils s’apparentent parfois à des esthétiques proches des home movies – plutôt directes et « naturelles » –, ou au contraire à des stratégies ou formes qui permettent aux artistes d’exacerber visuellement les sentiments qu’ils s’efforcent d’exprimer.

VÉRONIQUE GOËL, « So Long No See », 2009
Vidéo, couleur, son, 6’ (sous-titres français)
Véronique Goël, après un moment qui semble plutôt contemplatif, dévoile dans « So Long No See » une douleur pudique ainsi qu’un profond désœuvrement liés à la disparition récente de l’un de ses anciens collaborateurs et amis. Des images filmées d’un wagon de métro à Berlin, à travers différents quartiers et gares, révèlent une forme voulue bancale, fragmentée : tandis que la ville défile devant la caméra, l’image ne livre que le moment où les portes du métro se referment. Puis le son environnant laisse place au silence ;
un silence qui paraît assourdissant, et d'autant plus pertinent lorsque l’artiste commence la lecture d’une lettre où elle évoque son chagrin quant l’absence de cet ami, ingénieur du son.

JAY ROSENBLATT, « I Used To Be A Filmmaker », 2003
Film 35 mm transféré sur vidéo, couleur, son, 10’
C’est un ton plus léger et humoristique qui règne dans « I Used To Be A Filmmaker » de Jay Rosenblatt. La venue d’un enfant et son évolution durant les dix-huit premiers mois de sa vie sont pour le réalisateur américain le prétexte d’un film structuré autour de certaines techniques et notions filmiques. Au bonheur et à la beauté que les images dessinent se confronte toutefois le titre, qui laisse entrevoir une touche d’ironie quant aux implications concrètes d’un tel événement.

1. UTE AURAND, « Maria und die Welt » (Maria and the World), 1995
Film 16 mm transféré sur vidéo, couleur, son, 15’ (sous-titres anglais)
2. MARIA LANG, « Familiengruft – ein Liebesgedicht an meine Mutter» (Family Grypt –
A Love Poem for my Mother), 1981
Film 16 mm transféré sur vidéo, n/b, son, 10’ (sous titres anglais)
3. UTE AURAND & MARIA LANG, « Der Schmetterling im Winter» (The Butterfly in Winter), 2006
Film 16 mm transféré sur vidéo, couleur, son, 30’ (sous-titres anglais)
« Hier ist es zur Zeit sehr schön » (Here it is fine at the moment) est un triptyque plein de tendresse et de poésie, tant dans sa forme que dans son contenu. La première partie « Maria und die Welt » (Maria and the world), réalisée par Ute Aurand en 1995, est sans doute la plus fragmentée, la moins narrative ; on y perçoit Maria Lang à travers des visions fugitives de sa vie à la campagne, de retour dans la maison de son enfance. « Familiengruft – ein Liebesgedicht an meine Mutter » (Family crypt - A love letter to my mother) (1981), la deuxième partie de la trilogie réalisée par Maria Lang lui permet de parler de sa mère, son père, son frère, et d'elle, la fille de la maison ; elle y évoque surtout ce qui le plus souvent reste tu: les murs, les frontières, mais aussi l'amour. La troisième partie « Der Schmetterling im Winter » (The Butterfly in Winter), filmée 22 ans plus tard et réalisée par les deux femmes, dévoile l'intimité du quotidien de Maria qui soigne sa mère désormais âgée de 96 ans ; une situation qui au-delà de ses difficultés révèle une grande beauté.

ANDREW KÖTTING & EDEN KÖTTING, Cahiers de croquis, dessins 2011
Techniques mixtes
ANDREW KÖTTING, « Louyre, notre vie tranquille », vidéo, couleur, son, 57’ (sous-titres français )
Dans une esthétique proche du home movie, Andrew Kötting dresse un portrait sensible et intime de sa vie à Louyre dans les Pyrénées françaises, dans une vieille ferme où sa famille et lui chaque année passent plusieurs mois, en quête de calme et de solitude. Dans une nature rude et belle, une maison délabrée mais emplie de poésie, la vie se déroule au rythme des saisons, pleine de joies, de tristesse parfois. Au cœur du film, sa fille Eden, qui souffre du syndrome de Joubert, une anomalie congénitale qui affecte son équilibre et son expression orale, grandit au fur à mesure que les années passent, dessine, chante, joue.
L'exposition inclut des dessins d'Eden et d'Andrew Kötting, ainsi que des cahiers de croquis du réalisateur ; le film sera présenté en première suisse aux Cinémas du Grütli le 7 décembre à 19h30.

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